Berger, un vrai sacrifice

La transhumance rend la vie du berger très risquée, tant pour sa sécurité que pour l’unité familiale.

Le berger est aussi ouvrier derrière un troupeau de bœufs, de chèvres et de moutons.  Contrairement aux femmes ouvrières que nous avons rencontrées un peu partout qui ont l’avantage de ne pas s’éloigner pendant des mois de leurs familles, les bergers, notamment ceux qui font la transhumance,  passent jusqu’à 10 mois loin de leurs femmes et de leurs enfants.
La recherche du fourrage amène le berger à voyager sur des dizaines de km et à séjourner dans le pâturage pour des mois, dix (10) selon Ousmanou Yanoussa, 29 ans, berger dans la zone sahélienne de  l’extrême nord du Cameroun.
Famille sacrifiée
Ousmanou ne se déplace pas avec sa femme et ses deux enfants. Il les laisse avec sa mère qui s’en occupe selon les moyens qu’il a laissés. Et si un accouchement doit intervenir pendant son absence, c’est de manière traditionnelle que la matrone du village s’en charge. Son patron, dit-il, s’occupe de quelques charges liées à cet événement mais le reste c’est l’affaire de sa mère.

L’éducation des enfants est sacrifiée. « Mes enfants ne vont pas à l’école » dit Ousmanou sans gêne, comme si cela était normal. A-t-il vraiment le choix ? Sa femme n’est pas instruite et ne connaît probablement pas l’importance d’envoyer les enfants à l’école. La grand-mère est dans la même disposition d’esprit. Voilà des enfants dont l’éducation est sacrifiée et qui probablement seront bergers comme leur père ou ménagères cloitrées dans le saré comme leur mère.

Quant aux conditions de vie sur place elles ne sont pas reluisantes : habitat sommaire, aucune protection sociale, une alimentation monotone composée de riz cuit et mélangé avec du lait et des arachides grillées.
En cas de maladie, il se débrouille mais des fois son patron intervient. Pour Garga, un autre berger, son patron prend en charge les soins médicaux en cas d’agression. Il faut dire que les bergers sont constamment exposés aux gangsters qui parfois leur arrachent tout ou partie du troupeau, allant jusqu’à massacrer les bergers.

Salaire en nature et en cadeau
Le traitement des bergers  varie d’un individu à l’autre. Garga dit qu’on lui a proposé 10.000 F CFA/mois ou un Taurion tous les 5 mois. L’avantage c’est qu’au bout de quelques années le berger deviendra aussi propriétaire d’un troupeau de bœufs qui peut augmenter avec le temps.  Ousmanou de son côté  dit recevoir un Taurion tous les 5 mois et bien d’autres petits avantages : il est autorisé à introduire son bœuf dans le troupeau de son patron pour les faire paître ensemble,  des cadeaux en nature au passage du patron sur le site de la transhumance; les recettes de la vente du lait reviennent  au berger et le patron lui donne 10.000 F CFA pour l’achat des chaussures.
Bouba Loumnala

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