Cacao ivoirien: 3t/ha, cacao camerounais 1t/ha. Pourquoi ?

Est-ce la même variété qui est cultivée au Cameroun? Sinon, pourquoi?

Suite à un article paru dans une édition de votre journal dans lequel vous releviez les difficultés d’obtention de plants de cacao au Cameroun, permettez moi d’exprimer ma surprise de ce que j’ai appris que c’est mon pays qui aurait fourni les plants de cacao à la Côte d’Ivoire où je réside actuellement. Mais alors, voilà que mon pays n’arrive pas à approvisionner ses propres paysans.
Pourtant, le système de distribution de cabosses ici en Côte d’Ivoire est parfaitement au point. Les cabosses sont stockées dans les agences locales de l’Agence Nationale du Développement Rural (ANADER) qui se charge de les redistribuer gratuitement au paysan après visite de sa pépinière. J’en ai moi-même reçu une cinquantaine de cabosses équivalant à un hectare en novembre dernier.
C’est une variété qui produit après 18 mois avec un rendement avoisinant les 3 tonnes à l’hectare. Est-ce la même variété qui est cultivée au Cameroun? Sinon, pourquoi?

Les cabosses sont-elles aussi gratuites? Sinon, pourquoi? Ne peut-on pas adopter le même système de distribution qu’en Côte d’Ivoire?
La Côte d’Ivoire produit au bas mot 1 200 000 tonnes de cacao par an. Au Cameroun, on en est encore à 200 000 tonnes par an. Comment comptez-vous combler le retard si vous êtes incapables de distribuer ne serait-ce-que les cabosses? Qu’en sera-t-il des intrants?
J’envisage de rentrer au pays monter une grande cacaoyère, car ici, les terres se font déjà rares alors que j’en dispose chez moi à Songbenguè au Cameroun. Mais, ce que j’apprends me laisse perplexe.
Merci de publier mon intervention. C’est celle d’un Camerounais qui veut rentrer investir chez lui.
Louis Samuel Kalngui, Abidjan, Côte d’Ivoire

Cher Louis Samuel,
Nous ignorons depuis combien de temps vous êtes expatrié en Côte d’Ivoire. Toujours est-il que si vous suiviez l’actualité du Cameroun, du moins sur le plan agricole, vous auriez appris que la demande en semences de cacao s’est accrue de manière vertigineuse depuis quelques années, du fait des prix attractifs du cacao sur le marché international. A la faveur de cette embellie, les anciens cacaoculteurs ne se sont pas faits prier pour retourner en champ réhabiliter leurs vieilles cacaoyères. En même temps, cette filière enregistrait de nombreux nouveaux producteurs; elle continue d’ailleurs d’en enregistrer.
Très tôt, les structures de production des semences ont été submergées par la demande. C’est notamment le cas de la Société de développement du cacao (Sodecao) et de l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad). Pour la Sodecao comme pour l’Irad, il fallait d’abord réhabiliter les structures de production restées longtemps en décrépitude. Selon les informations à notre disposition actuellement, la situation se normalise peu à peu.

L’Etat a multiplié les projets et programmes de développement de la cacaoculture et mis en place un fonds pour cette culture. Tous pataugent sur le terrain pour accompagner les opérateurs de la filière. Certains donnent la semence gratuitement, d’autres la donnent à un prix symbolique. Les privés eux, la vendent. Bref, chacun donne ce qu’il peut, quitte au producteur qui en veut davantage, d’avoir recours au système D pour acquérir ou produire lui-même ses plants.
Nous convenons avec vous que tous doivent être jugés aux résultats. Pour le moment, les chiffres ne sont pas trop à leur faveur. Néanmoins, le récent chiffre officiel annuel de production camerounaise est de 230?000 tonnes de cacao contrairement à 200?000 tonnes comme vous le dites. Pour votre information, l’objectif de 600 000 tonnes par an en 2020 a été affirmé officiellement par le gouvernement au lancement de la dernière campagne cacaoyère.

La production camerounaise s’appuie sur les variétés de semences développées par l’Irad. Ces variétés commencent à produisent dès 18 mois et donnent environ 1 tonne à l’hectare. Nous avons reçu confirmation auprès de responsables de structures de production de semences que ce sont ces souches que la Côte d’Ivoire a reçues du Cameroun et a continué à les développer et améliorer par ses travaux de recherche. Il semble d’ailleurs qu’il n’y a pas que le cacao camerounais qui ait été exporté. Le Directeur de Centre de recherche agricole de Côte d’Ivoire a affirmé à La Voix Du Paysan il y a quelques années, que son centre avait reçu des souches de café arabica du Cameroun pour les introduire en Côte d’Ivoire qui ne connaissait que la variété Robusta. Après, les chercheurs ivoiriens sont allés plus loin dans les croisements, et actuellement il se produit au pays d’Houphouet Boigny une variété de café Arabusta. Un savant mélange que certains Camerounais ont certainement déjà eu à déguster dans des foires à café.

Il ne nous appartient pas à La Voix Du Paysan, de dire pourquoi le Cameroun n’imite pas l’exemple ivoirien en matière de production et de distribution des semences de cacao. Mais ce que nous observons, c’est qu’il n’existe pas sur le terrain une structure d’envergure nationale de conseil et de vulgarisation agricoles présente sur le terrain qui fédère et implémente toutes interventions de l’Etat en direction des producteurs agricoles comme l’Anader de Côte d’Ivoire. Les actions ici sont comme diluées du fait de leur émiettement parmi divers intervenants.
Louis Samuel, quand vous retournerez au pays, vous constaterez comme nous que tout le monde fait l’agriculture au Cameroun. C’est-à-dire, presque chaque ministère a son volet ou programme qui appuie le développement agricole et rural. C’est un choix camerounais, qui peut aussi être une chance pour vous. Car, si l’un des intervenants ne vous donne pas la semence, qui sait, vous pourrez l’avoir chez l’autre.
Bienvenu au pays.

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