Cameroun : La légalité des bois des forêts communautaires évaluée

La lourdeur des procédures d’obtention du certificat de légalité des forêts communautaires est le principal frein relevé par le SAILD dans l’étude restituée à Yaoundé.

Faible disponibilité des documents attestant de la légalité des forêts communautaires (FC), non marquage des arbres et du bois, absence d’enregistrement des arbres, non réalisation des inventaires; telle est la réalité de la légalité des FC.
Plusieurs explications à cet état de choses: tracasseries dans la délivrance des documents administratifs, complexité des procédures de gestion des FC, capacités insuffisantes des gestionnaires des FC.
Ces résultats ont été dévoilés le 25 Janvier 2017  lors de la rencontre de restitution des résultats de l’étude sur l’état des lieux de la légalité et la traçabilité des bois des forêts communautaires menée de septembre à décembre 2016 dans 30 FC de la Fédération de l’Union des Gics et regroupement des forêts communautaires du Haut-Nyong (FUGIRFOC) dans la région de l’Est.
Cette étude entre dans le cadre du projet «Mise en place d’un système de vérification communautaire de la légalité des bois des forêts communautaires du Cameroun (SVCL)» financé par le programme FAO FLEGT et exécuté par le Service d’appui aux initiatives locales de développement (SAILD).
Réunis autour de la table, les représentants de l’administration des forêts, les chefs de poste forestier, les représentants des organisations de la société civile et les gestionnaires des forêts communautaires ont eu l’occasion d’apprécier les résultats.
De l’analyse des données sur l’état de lieux de la légalité des bois des FC présenté par Stéphanie Kobla du Programme gestion des ressources naturelles du SAILD, il ressort qu’à ce jour, aucune forêt communautaire n’est prête à obtenir un certificat de légalité ni attester de l’origine légale de son bois.

Alléger les procédures
D’après elle, la mise sur le marché du bois légal par les FC passe nécessairement par la révision de la grille de légalité, ainsi que par la simplification des procédures d’acquisition des documents, la systématisation de la délivrance des documents par l’administration et le renforcement des capacités des gestionnaires des FC
Magloire Biwolé Ondoua

«Si rien n’est fait, on va vers l’asphyxie des forêts communautaires»

Ghislain Fomou, Chargé Programme Gestion des Ressources Naturelles, SAILD.

« L’étude a été faite pour connaître les problèmes qui empêchent les forêts communautaires de s’arrimer à la légalité de l’exploitation du bois.
Au vu des résultats, on s’achemine vers l’asphyxie des forêts communautaires si l’administration des forêts ne fait rien pour améliorer les procédures de gestion de ces forêts. Si elle continue la mise en œuvre de l’APV-FLEGT en maintenant la grille de légalité actuelle, les procédures de gestion et l’application de l’inventaire géo référencé, les forêts communautaires vont droit au mur.
L’administration forestière, en tant que principal garant des forêts communautaires, doit prendre en compte les résultats de cette étude et adapter les procédures aux réalités de terrain.

« Il faut appliquer nos textes »

Roger Koung, Sous-Directeur des forêts communautaires, MINFOF.

« L’étude a montré les limites de ce qui se fait sur le terrain. Je suis satisfait qu’elle arrive au moment où les gestionnaires des forêts communautaires marquent beaucoup d’appréhension en ce qui concerne le FLEGT.
Les gestionnaires des forêts communautaires, prennent le FLEGT comme un nouveau concept qui vient alourdir les procédures de gestion de leurs forêts. Que non! Ce n’est que l’application de nos propres textes de lois, arrêtés et décisions. Il fallait que cette étude soit ainsi développée pour que les communautés comprennent qu’il faut respecter et appliquer nos textes.»

« Nous avons grand besoin de formation »

Onésine Ebongué Ebongué, président FUGIRFOC.

« Les forêts communautaires sont prêtes à s’arrimer à la légalité et à la traçabilité. Notre plus grand besoin actuel est la formation. Car pour le moment, nous apprenons tout sur le tas.
Nous avons espoir qu’après cette rencontre qui nous a mis ensemble avec l’administration des forêts et d’autres partenaires, nous allons sortir nos forêts communautaires de la léthargie.
Avec ce que le SAILD fait avec nous, nous pouvons rêver d’être les pionniers dans la légalité et de la traçabilité des bois de nos forêts communautaires.»
Propos recueillis par Magloire Biwole Ondoua

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