Cameroun: Sur les traces des déplacés de Boko Haram

Abdoulaye Daguimé a tout quitté pour fuir les exactions de la secte islamiste Boko Haram dans son village. Il mène une vie entre désolation et espoir d’un retour sur ses terres.

«Avant, l’instabilité n’était qu’au Nigéria. C’est en 2012 que les islamistes de Boko haram ont commencé à entrer chez nous pour nous éliminer et occuper notre territoire». Déclare Abdoulaye Daguimé, originaire de Limani.
Pour protéger les siens, ce paysan camerounais dont le village est situé à 3 km du Nigéria dans l’arrondissement de Mora, décide de prendre la route de l’exil. Il s’en souvient en détail, c’était un 5 juin. Fuir la peur, c’est aussi abandonner sa maison de fortune, ses champs et son bétail.
Avec sa petite famille, il converge vers Maroua, à la recherche de la paix et de la sécurité. Elles seront trouvées dans le quartier Koutbao. Adopté à son arrivée par une famille d’accueil, il y est resté pendant 2 ans.
D’un pas alerte, il emprunte les allées qui serpentent la colline sur laquelle il a bâti sa case il y a un an.

Un habitat à risque

Connaissant mieux l’itinéraire, Abdoulaye se faufile dans les chemins tortueux et caillouteux qui mènent à son nouveau domicile. Ni les odeurs des eaux stagnantes, ni les mouches attirées par les peaux de mangues ne freinent son allure.
Salutations,informations sur son état de santé, propositions de tâches, à son passage, Abdoulaye est interpelé à chaque pas. Il souligne  « Ce sont ces gens qui m’ont accueilli, ils ont nourri ma famille et moi. En plus, avec leur accord, le chef de quartier m’a cédé un espace pour construire ma case.»
Construite en terre battue, la case d’Abdoulaye est implantée à « hosséré Maroua » entendez « la colline de Maroua ». Sous la véranda, deux grosses pierres taillées sur la colline servent de siège pour accueillir les visiteurs.
Juste le temps de s’installer, un gobelet d’eau fraiche sortie du canari étanche la soif ressentie pendant la montée de « hosséré Maroua ».
Entourés de sa femme et de ses enfants, Abdoulaye se désole : « A Limani, je vivais de l’agriculture et de mon élevage. J’inscrivais mes enfants à l’école, quand l’un d’eux était malade, je le conduisais à l’hôpital. Ici ce n’est plus le cas ». Manœuvre dans les chantiers de construction,  c’est le quotidien d’Abdoulaye. Grâce à cette occupation, il parvient à nourrir sa famille et à inscrire deux de ses quatre enfants à l’école.

Magloire Biwolé Ondoua

 

«Ils ont tué huit de mes proches»
C’est le quartier Zokoki près de Maroua qui a accueilli Ali Ngala, un autre déplacé de Boko Haram, venu du village Tchakarmary.

Ali exilé Boko Haram extrême nordZokoki est situé à 2km de Koutbao. Ici vit depuis deux ans Ali Ngala. Il est originaire de Tchakarmary, à une quinzaine de kilomètres du Nigéria.
Marié à trois femmes, Ali est père de treize enfants. Il a réussi à s’enfuir en direction de Maroua, avec sa famille. Avec froideur, il raconte: «Après avoir exécuté l’Imam de la mosquée du village, les Boko haram  ont éliminé les dignitaires musulmans et kidnappé de jeunes filles.»
Ali affirme qu’il est le Muezzin de la mosquée de Tchakarmary.  A ce titre, il est aussi le gardien de la mosquée. Et, pour les islamistes de Boko Haram Ngala méritait la mort.
« Les islamistes sont arrivés chez moi en brandissant mon nom, j’étais la personne la plus recherchée étant donné que j’étais celui qui par ma voix, appelait les fidèles à accepter les principes de l’islam qui ne sont pas les leurs. Heureusement, ce jour je n’y étais pas. Ce qui a coûté la vie à huit membres de ma famille, y compris celle de mes deux parents.» Poursuit le jeune homme ému.
Propriétaire d’une centaine de têtes de bœufs à Tchakarmary, Ali est aujourd’hui manœuvre agricole dans une exploitation d’oignon. Avec l’espoir de retrouver sa terre natale, il doit passer par là pour nourrir sa famille dans son quartier d’exil.
MBO

Des paysans dépaysés
Ils étaient agriculteurs ou  éleveurs. Fuyant la terreur, ils sont devenus concasseurs,
ferrailleurs, manœuvres agricoles. 

des paysans dépaysésAbdouraman habite actuellement le quartier Domayo à Maroua. Originaire de Fotokol à quelques encablures du Nigéria, il cultivait le mil et élevait des chèvres et des moutons. Désespéré, il se lamente: «je suis obligé  d’exercer tout ce qui m’est proposé comme tâche pour survivre».
1500 à 2000 Fcfa de gain par jour
A koutbao, quartier rocailleux, Ibrahim vit avec son épouse et leurs deux enfants. A Limani, son village natal, il produisait le sorgho et pratiquait l’élevage des bovins. Anéanti, Il raconte son quotidien: «tous les jours, je rassemble des pierres pour concasser et vendre aux constructeurs de maisons. Par jour, je gagne entre 1500 et 2000 Fcfa».
Dépaysés, les paysans n’ont qu’un seul vœu: retourner à leur terre pour s’occuper à nouveau dans les champs de mil, de sorgho et dans leur élevage de bœufs, de chèvres et de moutons.
Magloire Biwolé Ondoua

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Une réflexion sur “Cameroun: Sur les traces des déplacés de Boko Haram

  1. Mais faudrait bien que l’État fasse quelque chose pour ces personnes, car faut pas oublier ce sont eux « qui nous nourrissent »

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