Chez l’ouvrier agricole, l’honnêteté est un délit

Les employeurs sont unanimes, le plus grand défaut chez un ouvrier agricole c’est le vol.

Jean Ngalieu, ouvrier dans une exploitation horticole de Penja, condamne la malhonnêteté de ses collègues.

“ Si vous mettez un ouvrier dans l’impossibilité de voler, il ne fera pas de vieux jours dans votre structure. » Jean Kepseu, quincailler et exploitant agricole à Njombé est formel. Il s’avoue impuissant devant les coups de vols à répétition de ses ouvriers. Il a fini par comprendre qu’il ne peut rien faire pour changer les choses, surtout que ses confrères ont les mêmes difficultés et-ce depuis des décennies. « On est obligé de tolérer sinon l’ouvrier vous abandonne avec votre exploitation et si vous ne trouvez pas rapidement un remplaçant, les pertes sont plus importantes que le vol. » Le problème est que non seulement trouver un remplaçant est fastidieux, mais en plus les saints n’existent pas dans ce milieu.

Les ouvriers le reconnaissent
Jean Ngalieu, 23 ans, ouvrier  dans les exploitations horticoles Caplin à Njombé sait que « tous les ouvriers sont des voleurs.» Il en veut pour preuve le fait qu’à son arrivée dans cette exploitation, des femmes venaient de la ville vendre de la nourriture aux ouvriers en mi-journée. Ceux qui mangeaient à crédit en promettant de payer lors des paiements des salaires ne s’acquittaient  pas de leur dette au point où, ruinées, ces vendeuses ont cessé toute activité.
Dans le même ordre d’idée, Mathieu Nteupdieu qui est  à sa 23ème année dans les Plantations de haut Penja (Php) dit que la première cause de licenciement des ouvriers dans son entreprise est le vol.

Certaines personnes pensent que c’est pour compenser les salaires  bas qui ne permettent pas de joindre les deux bouts que les ouvriers « sont obligés » de voler. Ce  à quoi M. Nteupdieu répond : « aux Php, on nous donne de la banane chaque semaine pour manger. En plus du salaire de base, on peut gagner plus d’argent en travaillant plus et bien ».  Jean Kepseu, employeur d’un permanent qui à son tour recrute des saisonniers paie 35.000 Fcfa à son permanent. « Je le comprends, c’est un père de famille. Quand il veut rentrer des champs et ne voit pas comment faire manger sa famille, il lui arrive de couper un régime de bananes. Ce n’est pas bien mais on doit le comprendre »

Un autre paysan conseille même de fermer les yeux sur certains comportements sauf si l’ouvrier exagère. Par exemple, si l’ouvrier maraude  la totalité de vos produits et les vend pour se faire de l’argent. « Le problème c’est que si vous êtes intransigeant avec lui il peut causer des dommages dans votre exploitation tout simplement en faisant mal son travail et vous aurez une très mauvaise récolte ».
Gérer en définitive un ouvrier agricole c’est faire vivre sur le même espace la chèvre et le chou.
Martin Nzegang

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