Employeur – employé : Deux mondes !

Les patrons baignent dans l’opulence tandis que les ouvriers croupissent dans la misère.

L’Agriculture offre de fort belle manière une photographie des inégalités sociales au Cameroun. A côté de ceux qui ont la terre, les ressources, l’accès aux banques, le privilège des subventions étatiques, tentent d’exister la masse des miséreux agricoles. Leur rémunération est dérisoire. Leur condition de vie pitoyable. Leur existence même précaire.
A Fenkam, à Bamendjou… hommes ou femmes abandonnent conjoints et enfants pendant quatre (4) voire cinq (5) jours pour besogner dans les champs des particuliers.

Promiscuité
Ouvriers sans droit, ils ou elles dorment à même le sol du domicile de leur employeur occasionnel ou d’une âme de bonne volonté. Imaginez le degré de risque de promiscuité quand 50 à 100 personnes dorment côte-à-côte. Plus révoltant encore, si jamais une maladie est contractée dans ces conditions antédiluviennes, leur paie sera très insuffisante pour couvrir les soins médicaux. Faute de mieux, ils acceptent la première offre qui se présente à eux. On va faire comment?
En réaction aux abus, certains ouvriers agricoles ont développé des moyens de survie peu orthodoxes : fausses identités, détournement de la production agricole…

Un autre tableau sombre : la situation des employés dans les agro-industries. Salaires s’écartant des conventions collectives du secteur, absence de sécurité sociale, risques d’accidents de travail élevés, c’est la nuit noire de l’exploitation de l’homme par l’homme. Que penser alors de ces patrons, véritables négriers des temps modernes, qui refusent  catégoriquement de s’arrimer à la législation du travail ? Un cas : A Tea Estate, le patron des lieux a militarisé ses installations et couper ses employés, pardon ses esclaves, du reste de leurs congénères. Aucun étranger n’entre dans l’entreprise si sa tête ne plaît pas au seigneur des lieux. Le plus fort dans tout ça c’est que l’Etat laisse faire. La lecture de ces lignes le réveillera-t-il de son incroyable torpeur ? Il n’est pas interdit de rêver!

Un autre phénomène, l’utilisation des élèves à temps plein dans les grandes plantations. Comme c’est le cas dans l’arrondissement d’Awaé. Ces élèves constituent une main-d’œuvre corvéable et bon marché. L’indigence est en partie cause de la déperdition scolaire. Entre autres conséquences dans l’arrondissement : les résultats scolaires déclinent.
Mais tout ne saurait être noir dans le petit monde de l’Agriculture. Des opérateurs économiques, des retraités, des gens ordinaires mettent en valeur de grandes exploitations, créant ainsi de l’emploi et contribuant à la production agricole nationale. Comme dans toutes activités économiques, les risques ne manquent pas. Certains tiennent bon, réalisant même des success-stories.  Comme au Cameroun, les agriculteurs ne sont pas rois la probabilité qu’ils soient cités en exemple dans les discours présidentiels est très infime.

Autant dans le secteur agricole que dans les autres secteurs, le gouvernement doit prendre ses responsabilités. Le faire revient à faire aboutir les réformes nécessaires à l’épanouissent des petits agriculteurs comme les braves femmes de Fenkam, de Bamendjou et d’autres localités à qui doit être envoyé le message selon lequel une alternative à leur quotidien de misère est possible. Le faire revient à mettre au pas les employeurs agricoles hors-la-loi. Le faire revient à institutionnaliser dans ce pays les oscars de l’Agriculture. Il en va de l’émergence du Cameroun, pays éminemment agricole !

Thierry Djoussi

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