Pour l’émergence : Par ici, les urgences !

Agriculture et élevage, construction de routes, logement et énergie sont les chantiers du plan d’urgence du Chef de l’Etat pour les trois prochaines années. Urgence en agriculture ? Parlons-en.

C’est probablement le Vice premier ministre, ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) d’alors qui avait inventé l’urgence en agriculture. Nous sommes en 2008.  Après les émeutes de la faim (on a voulu qu’on appelle ainsi le mécontentement des jeunes), le Minader avait annoncé un  programme d’urgence plein de promesses !

On s’attendait à ce que le lendemain, le Minader, auteur de l’invention, déverse sur les marchés ruraux et urbains des tonnes de produits vivriers.  Ou, à défaut, des semences de maïs produisant en une semaine, de plantain en 3 mois, des tomates en 4 jours … Car, c’est ça l’urgence. Mais hélas!

Février 2008
Malgré ce plan d’urgence, et même d’autres mesures prises dans la foulée pour les mêmes raisons,  à l’instar de  la création de la Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation (Mirap), les prix des produits alimentaires locaux n’ont pas baissé tant que ça, au contraire. L’offre n’a pas non plus évolué et on a davantage faim, même après l’urgence.

Ensuite sont venues des promesses du comice agropastoral de janvier 2011 à Ebolowa, annoncées par le Chef de l’Etat lui-même : construction d’une usine de production des engrais, réforme du système foncier, achèvement de la construction de l’usine de montage des tracteurs à Ebolowa, construction des marchés agricoles, création d’une banque agricole, réforme de la formation agricole, réhabilitation des fermes semencières. 7 promesses, toutes aussi urgentes.

Janvier 2011
Depuis janvier 2011, mis à part quelques mouvements positifs en matière de formation agropastorale et l’activité de quelques fermes semencières, c’est le black-out dans d’autres secteurs.  Certainement que si quelque chose de bon avait été fait, le gouvernement n’aurait pas sorti un autre plan d’urgence en février 2014, disant attendre des résultats au courant de la même année. Parmi ces résultats attendus, on se souvient de l’augmentation de 30% de la production du riz, maïs, poulet, porc. Où en est-on?

Le programme AGROPOLES pour sa part avait prévu des croissances à faire languir tous les économistes.  Entre 2012 et 2015 le programme a fait les prévisions  de production suivantes: maïs: de 1.500.000 tonnes en 2012 à 2.100.000 tonnes en 2015, soit une augmentation de 40%. Riz: de 150.000 tonnes en 2012 à 650.000 tonnes en 2015, soit 333,33% d’augmentation.  Avec un tel  taux d’accroissement, on se serait attendu que  AGROPOLES fournisse les grossistes et déclasse le riz thaïlandais et chinois. Au lieu de quoi, en concurrence à la MIRAP, il est aussi entré dans la vente à la sauvette des produits agropastoraux.
Les gros producteurs de Ndop (Unvda) et de Yagoua (Semry) doivent  compter sur le Minader et le Mincommerce pour vendre leur production de riz devant les bâtiments publics.

Pendant qu’on attend toujours que les résultats des précédentes urgences soient aussi annoncés avec la même publicité que les prévisions, voilà le président de la République qui sort avec sa part d’urgence. Lui, n’a pas donné de chiffres, des pourcentages. Sans doute parce que s’adressant à la même équipe qu’il a fustigée le 31 décembre 2013, il n’en attend rien de bon.

Février et décembre 2014
L’annonce présidentielle, qui a son budget à part (925 milliards de Fcfa), vient après le vote du budget de l’Etat pour 2015.  On ne serait pas étonné que la confusion soit vite et volontairement mise en marche comme au temps des fonds PPTE où pour  les semences de manioc  par exemple, la même bouture sera facturée au plan d’urgence du chef de l’Etat et au budget du ministère qui doit accompagner la production du manioc. Lequel? C’est encore une autre confusion car la semence en question peut être facturée au programme Agropoles, au Minader, à la convention PERIZ-MAIS-MANIOC, au PIDMA, à la chambre de commerce qui a construit une usine de transformation  de manioc à Sangmélima, et pourquoi pas au MINEPAT qui est chargé d’opérationnaliser le plan d’urgence présidentiel.

Urgence en agriculture? Parlons-en. Suppose-t-elle qu’on envoie des missiles dans le ciel pour bombarder les nuages afin de faire descendre la pluie, même quand la nature impose la saison sèche? Comme nous n’avons pas de missiles, il sera difficile de parer à une telle urgence.

La preuve, toutes les urgences jusqu’ici n’ont pas produit les résultats escomptés, malgré les projets,  programmes, discours, études, diagnostics,  débats, séminaires, etc. Parce que l’urgence ce n’est pas dans l’agriculture, mais plutôt dans la gouvernance du secteur agricole.
Martin Nzegang

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