Touche pas à mon éléphant !

Quand les populations autochtones et les ONG s’étripent autour de l’éléphant. A chacun sa façon de protéger le pachyderme.

Les uns veulent un peu de viande. De la viande d’éléphant!!! pour célébrer l’esprit de la forêt, le Jengi, leur dieu qui protège cet espace naturel et tout ce qui s’y meut, y compris l’éléphant.

Les autres défendent mordicus les espèces animales protégées dites de ‘‘classe A’’. Pour comprendre, la classe A, c’est vraiment la classe. Celle intégralement protégée, à préserver de toute forme de prédation. Elle se moque des us et coutumes. Elle se fiche du droit d’usage. Ce sont les intouchables, quoi! En font partie les pachydermes.

Qui a raison et qui a tort?  Le problème est profond. Presqu’un dilemme.

L’actualité récente renseigne que le 19 avril dernier à Yaoundé, l’Etat camerounais a procédé à l’incinération publique de 2000 défenses d’éléphants. Soit au total 1000 éléphants qui ont été massacrés par d’impitoyables braconniers! Cette cérémonie de crémation à ciel ouvert s’est déroulée sous l’œil vigilent de l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU.  L’événement est passé en boucle sur des chaînes de télévision africaines et américaines. Gare à ceux qui s’engraissent sur le commerce de l’ivoire! Sauf que.

Le problème est profond

Sauf que l’autochtone de la forêt n’y comprend pas grand-chose, lui qui n’est pas vendeur d’ivoire. Naturellement marié à la nature, il a du mal à saisir les lois et conventions internationales qui lui tombent dessus, parfois le compriment, non sans le désorganiser dans son environnement, qu’il chérit pourtant mieux que quiconque.
Il se raconte une histoire rocambolesque vécue en pleine forêt équatoriale camerounaise, en avril 2016. Pour être bref: deux communautés Baka de l’Est Cameroun, ont chacune demandé à l’administration, l’autorisation d’abattre un éléphant, un seul, pour le Jengi. La cérémonie du Jengi, intrinsèque à la culture Baka, a lieu une fois par an et s’exécute autour d’un plat principal: la viande d’éléphant. En somme, il n’y a pas de Baka sans viande d’éléphant. Il en est ainsi depuis des siècles et des siècles.
Pour montrer leur bonne foi, ces populations ont pris l’engagement de remettre les défenses de l’animal (ivoire) à l’Etat quand il sera abattu. Mais une fin de non-recevoir leur a été servie, avec la bénédiction et le soutien actif des grandes organisations non gouvernementales (ONG) protectrices des ressources forestières. L’éléphant, on n’y touche pas!
Dépités, quelques courageux de l’une des communautés ont défié l’autorité et tué un pachyderme pour faire faire la fête aux leurs. Du coup et c’est logique, ils ont été pris et enfermés sur dénonciation des ONG. Cette sanction a fini par dissuader la deuxième communauté. Mais, murmures et railleries meublent encore les conversations dans les campements. Jengi, y aura ou y aura pas cette année dans cette communauté? Histoire à suivre.

Histoire rocambolesque

Au fait, à qui appartient l’éléphant dans la forêt? Qui est le mieux à même de le protéger? On dira, c’est un patrimoine mondial. Sans doute. Il revient aux communautés locales, aux ONG, à l’Etat et à la communauté internationale d’y veiller. Si tel est le cas, sa protection incombe à tous, et au premier chef, aux peuples riverains des forêts. Les ‘‘maîtres’’ de la forêt.
Il se dit que sans leur travail de guide, les grands chercheurs en faune,  flore, et les exploitants forestiers verraient flou dans la jungle équatoriale! Ce sont encore les locaux qui pistent les éléphants pour les amateurs de safaris (chasse de plaisance par les touristes), à l’issue desquels crèvent souvent certains animaux. Une bonne mort?
A bien regarder, l’éléphant est vraiment une ressource forestière importante. Il procure de la viande aux uns. Sans compter l’ivoire. Et du travail aux autres. Personne ne veut lâcher son morceau. Sinon, c’est la bagarre. Mais alors: ‘‘bagarrez sans déchirer les habits !’’

Marie Pauline Voufo

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